La fin d’un mythe
Le Devoir
19 février, 2004

Une analyse en labratoire démontre pour la première fois que les OGM sont quasi absents de nos asiettes

Un mythe gastronomique pourrait bien s’écrouler. Si les organismes génétiquement modifiés (OGM) sont bel et bien installés dans notre environment et dans les allées de nos épiceries, leur rayonnement dans les assiettes des consommateurs semble beaucoup moins important que ce que laissent croire les pourfendeurs des transgènes.

C’est du moins ce que révèle l’analyse en labratoire d’une brochette d’aliments entrant chaque jour dans une bonne proportion des paniers d’épicerie au Québec. Un test, commandé par Le Devoir en collboration avec l’émission L’Épicerie diffusée sur les ondes de Radio-Canada, qui livre le tout premier portrait du genre au pays.

Et quel portrait ! en effet, des 27 produits de consommation courante passés au crible en janvier dernier par les limiers d’un laboratoire spécialisé dans la détection et la quantification d’OGM, plus du tiers (37%) se sont avérés avoir été en contact avec des organismes issus du génie génétique. La présence de ces gènes modifiés était toutefois très importante dans seulement deux échantillons (7%), moyenne dans quatre autres (14%), alors qu’on n’en trouvait que des traces infimes dans le reste des aliments analysés, à peine testés positifs.

Ces traces, comme pour les produits biologiques passés à la moulinette à la demande du Devoir en septembre dernier pour évaluer leur teneur en OGM, laissent présager une contamination accidentelle par des organismes génétiquement modifiés plutôt que l’utilisation délibérée de ces mêmes transgènes dans la conception des produits.

Par ailleurs, sous les équipements de l’enterprise française Atlangène Application, spécialiste en détection d’OGM par ‘entremise de la technologie dite du PCR (Polymerase Chain Reaction) en temps réel – la plus précise connue à ce jour -, la grande majorité (63%) des aliments sousmis au teste se sont révélés exempts de toute substance issue du génie génétique. Un résultat qui tranche avec le discours se Santé Canada tout comme avec celui des groups de pression prenant part au débat sur les biotechnologies qui, depuis des années, affirment en choeur que 70% des produits disponibles dans les épiceries contiennent des OGM.

Un panier représentatif

Pourtant, le panier d’épicerie expédiè dans les laboratoires français d’Atlangène pour fin d’analyse se voulait le plus proche possible de ceux sortant chaque jour des supermarchés de la province tout en étant bien sûr le plus susceptible, théoriquement, de regorger d’organismes génétiquement modifiés.

Ainsi, des céréales pour le petit-déjeuner au mäis en grain, en passant par le bouillon de poulet, le mélange à crêpes, les biscuits au chocolat ou les macaronis au fromage – pour ne citer qu’eux -, tous ces aliments, en ventre libre dans une châine de distribution alimentaire près du Devoir, contenaient des ingrédients issus du mäis ou du soya, deux plantes qui, dans leur version transgènique, occupent une place importante dans l’agriculture canadienne.

Les fraises, les laitues, les bananes, les oranges, le brocoli, les champignons et autres fruits et légumes frais ont été de facto exclus de la liste. Motif ? Les versions génétiquement modifies de ces aliments n’existent pas ou ne sont pas expolitées commercialement. La viande a connu aussi le même sort puisqu’elle ne peut contenir d’OGM : les transgènes ingrérés par le bétail ne se retrouvent pas en effet, après assimilation, dans les rôtis, steaks ou tranches de bacon. Simple question de métabolisme.

Toutefois, la zèle a été poussé jusqu’à soumettre à base de tomates, un jus de pommes ainsi que deux échantillons de bière, trois types de produit qui occupent une place importante dans les craines des consommateurs lorsqu’il est question d’OGM.

Notons toutefois que, malgré les rumeurs persistantes, les tomates génétiquement modifiées, tout comme les pommes de terre d’ailleurs, si elles possèdent des autorisations de mise en marché au Canada, ne sont plus utilisées à des fins commerciales depuis belle lurette.