Devrait-on retirer les OGM de l'agriculture?

Publié dans Le Bulletin des agriculteurs de septembre 2004

Tant que tout le monde n'y trouvera pas son compte, il y a de fortes chances pour que les OGM continuent d'être un mets de choix pour nourrir les débats.
par Simon M. Guertin, M.B.A., agronome et ingénieur, directeur du Bulletin des agriculteurs

En mai dernier, sur le site Internet du Bulletin des agriculteurs, 262 personnes répondaient oui à la question de la semaine : Devrait-on retirer les OGM de l'agriculture ? Mais 419 souhaitaient le contraire. En somme, presque deux producteurs sur trois s'opposaient au retrait des organismes génétiquement modifiés.

À peu près au même moment, un sondage réalisé par Léger Marketing révélait que 83 % des Canadiens et 90 % des Québécois voulaient que le gouvernement fédéral impose l'étiquetage obligatoire des OGM. Les Québécois souhaitent même que le gouvernement du Québec impose lui-même l'étiquetage obligatoire, si Ottawa persistait à ne pas le faire. Ces résultats me donnent à penser que la plupart des consommateurs ne perçoivent pas de valeur ajoutée dans les OGM, pendant que les agriculteurs, de leur côté, en tirent certains avantages.

L'utilisation des semences OGM dans le monde progresse à un rythme de 15 % par année. Parties de rien en 1996, les surfaces mondiales cultivées avec des semences issues du génie génétique atteignaient l'an passé presque 70 millions d'hectares. Plus de la moitié des champs de soya sur notre planète (55 %) sont implantés avec une semence transgénique. Principalement une semence modifiée pour être tolérante à un herbicide. Pas étonnant que le consommateur n'y voit aucun avantage pour lui.

Les choses sont peut-être à la veille de changer. Du moins si on en juge par l'apparition prochaine de mets qui aideraient à corriger l'embonpoint. Par exemple des frites plus faibles en gras. En effet, des chercheurs de l'Université de la Californie ont développé une pomme de terre génétiquement modifiée qui absorbe moins d'huile au moment de la cuisson. Cette pomme de terre plus riche en amidon contient aussi moins d'eau, réduisant d'autant les coûts de cuisson. Cette même technologie pourrait aussi être utilisée dans la production de chips légères.

Par ailleurs, à l'Université du Nébraska, les chercheurs ont développé un soya donnant une huile plus riche en gras mono-insaturé, considéré moins nocif pour la santé.

Ailleurs, des chercheurs travaillent à mettre au point un maïs plus résistant à la sécheresse. Et ce n'est pas seulement les producteurs qui profiteront de cette amélioration. Lorsqu'on sait que la production d'une tonne de maïs nécessite 417 tonnes d'eau (417 000 litres ou 91 740 gallons), on comprend la nécessité d'augmenter son efficacité vis-à-vis cette ressource.

En effet, l'agriculture consomme 70 % de l'eau douce disponible sur la planète et elle fait des jaloux dans les endroits où elle est limitée. Comme en Californie par exemple. La journée où les consommateurs se verront offrir des frites allégées ou de l'huile de soya sans gras trans, OGM ou pas, que croyez-vous qu'ils choisiront?